Où sont réalisés les produits Maravilla ? Pourquoi y a-t-il une si grande tradition des textiles dans cette région du monde ? 🌎 Quels sont les villages du Chiapas les plus renommés pour leur artisanat textile ? Comment peut-on s’y rendre ? 🚍
C’est ce que l’on va découvrir dans cet article !
· Où sont réalisés les produits Maravilla ?
La municipalité de Zinacantán où vit la famille de femmes tzotziles avec lesquelles nous travaillons se trouve dans l’État du Chiapas, la région la plus au sud du Mexique, à la frontière du Guatemala.
💡Le saviez-vous ?
Le Mexique est en Amérique du Nord !
Eh oui, depuis l’Europe, nous avons souvent tendance à réduire l’Amérique du Nord aux États-Unis (et un peu au Canada), oubliant que le Mexique, ce pays latino trois fois plus grand que la France, se situe bien au-dessus de l’Équateur !
Plus précisément, Zinacantán se situe dans la région de “Los Altos de Chiapas“ (en vert sur la carte), qui se trouve dans la partie centrale de l’État, et occupe approximativement 15% de son territoire.
Le relief important, de type montagneux, est riche de nombreuses collines et vallées. Dans ces vallées, les hommes de Zinacantán cultivent des milliers de fleurs, qu’ils exportent ensuite dans tout le Mexique. Les collines sont couvertes principalement de conifères, où prédominent différentes espèces de pins et de cyprès. Le village de Zinacantán culmine dans ce paysage à 2 558 mètres d’altitude.
Vue depuis le toit-terrasse de la maison de Felipa
La superficie du hameau de Zinacantán représente 171,4 km2 dans lesquelles vivent 30 742 habitants. Ce lieu est un joli détour pour les voyageurs qui souhaitent découvrir une culture différente et s’éloigner un peu des sentiers battus. Il est situé à 10 kilomètres au nord-ouest de San Cristóbal de las Casas, ville coloniale magique et point de rendez-vous des voyageurs du monde entier que je vous conseille absolument.
San Cristóbal de las Casas
Et pour savoir comment j’ai atterri dans cette petite ville au bout du monde, je vous invite à lire l’article L’histoire d’une rencontre. ✨
· Pourquoi y a-t-il une si grande tradition des textiles dans cette région du monde ?
Avant la colonisation espagnole, c’est-à-dire à partir des années 1500, le sud du Mexique, le Guatemala, le Bélize, une partie du Salvador et du Honduras, ne faisaient qu’un (photo 1) : c’était les territoires de la Civilisation Maya de Mésoamérique (photo 2).


Les frontières, et par conséquent la distinction entre les Amériques, n’étaient pas définies comme celles que nous connaissons aujourd’hui. Le Guatemala et le Mexique furent divisés officiellement qu’à partir de 1882.
💡Le saviez-vous ?
Le Belize est le seul pays d’Amérique centrale dont la langue officielle est l’anglais, et non l’espagnol, car il était autrefois une colonie britannique !
Dans le Chiapas actuellement, on retrouve la plus forte proportion de population indigène du pays (20% de la population est d’origine amérindienne). En effet, près de 12 peuples différents y cohabitent, les plus nombreux étant les Tzeltales et les Tzotziles. C’est avec ces derniers que j’ai le plus cohabité et avec lesquels je collabore aujourd’hui, en particulier la famille de Felipa.
Chez Felipa
Populations indigènes du Chiapas
Les Mayas étaient des tisserands habiles et utilisaient des techniques sophistiquées pour fabriquer des tissus à partir de fibres naturelles comme le coton et l’agave. Le tissage faisait partie intégrante de leur vie quotidienne et de leur cosmologie.
Les textiles mayas étaient utilisés non seulement pour des vêtements, mais aussi comme symboles de statut social, de pouvoir et d’identité culturelle. Les motifs et les couleurs des tissus étaient souvent liés à des croyances religieuses et représentaient des éléments de la nature, des cycles cosmiques, ou des divinités. Le processus de fabrication des textiles était également ritualisé.
Aujourd’hui, les communautés indigènes du Chiapas, telles que les Tzotzils et les Tzeltals, perpétuent cet héritage. Les femmes continuent de tisser à la main, créant des vêtements et des pièces artisanales aux motifs traditionnels, souvent liés à l’identité et à l’histoire de leur village. Ces textiles sont non seulement des objets d’artisanat, mais aussi un moyen de préserver la culture maya dans une région où cette tradition reste vivante et respectée.
par l’achat d’une pièce d’artisanat
· Quels sont les villages du Chiapas les plus renommés pour leur artisanat textile ?
Les cinq villages du Chiapas les plus renommés pour leur artisanat textile sont : Zinacantán, San Juan Chamula, San Andrés Larráinzar, Magdalena Aldama et San Juan Cancuc. Je vous présente ci-dessous les particularités de chacun d’entre eux.
- Zinacantán, village tzotzil
🌸 Motifs floraux
Les fleurs colorées sont omniprésentes sur les vêtements traditionnels des hommes et femmes de Zinacantán. Ce n’est pas un hasard : la culture de fleurs en serre est l’une des principales activités économiques du village. Ces motifs reflètent le lien fort que les habitants entretiennent avec la nature et les montagnes environnantes.
🎨 Couleurs éclatantes
Les textiles de Zinacantán se distinguent par leurs teintes vives : bleu, vert, rose, violet, rouge… Les teintures utilisées sont souvent d’origine naturelle, bien que certains fils synthétiques ont aussi été adoptés pour leur praticité et leur durabilité.
☁️ Matière naturelle
Le coton est la matière de base des vêtements des habitants de ce village. Doux, léger et confortable, il est idéal pour le climat local et facile à travailler sur les métiers à tisser traditionnels.
👗 Formes et vêtements
Le vêtement traditionnel des femmes comprend un huipil (blouse ou t-shirt), un chal ou toca (cape courte), un ceñidor (ceinture large) et une nahua (jupe enroulée). Celui des hommes comprend surtout un poncho, appelé chuj en langue locale, qu’ils portent au-dessus d’une chemise blanche à manches longues, un pantalon sombre (parfois aussi brodé) et un chapeau de paille orné de rubans colorés, surtout utilisé lors des grandes fêtes.
🪡 Technique ancestrale
Les artisanes utilisent principalement le métier à tisser à la ceinture, une technique ancestrale héritée de la civilisation maya, pour confectionner la base de leurs vêtements. Les ornements, souvent des fleurs colorées, sont brodés à la machine à coudre ou à la main, avec une grande précision et en relief, ce qui donne une texture particulière aux tissus.
🎭 Usage cérémoniel et quotidien
Dans les Altos de Chiapas, les vêtements varient selon les occasions. Femmes et hommes portent des habits simples au quotidien, mais revêtent des tenues plus élaborées lorsqu’ils occupent des charges politiques ou religieuses.
Habit traditionnel des femmes de Zinacantán
Les huipils des femmes de Zinacantán se distinguent par leur coupe large et leurs broderies florales élaborées sur les épaules et le torse, avec des bordures colorées.
Exemple de huipil des femmes de Zinacantán
Poncho traditionnel des hommes de Zinacantán
(Carlos, petit-fils de Felipa)
- San Juan Chamula, village tzeltal
➖ Motifs minimalistes
Les textiles de San Juan Chamula sont souvent dépourvus des motifs floraux que l’on peut voir à Zinacantán. À la place, ils privilégient des motifs plus discrets, souvent géométriques ou liés à des éléments naturels, comme des représentations abstraites de montagnes ou de lignes symbolisant des forces spirituelles ou chemins d’énergie.
🖤 Couleurs neutres
Les teintes dominantes sont naturelles : noir, blanc, gris. Ces couleurs sont très symboliques : par exemple, le noir est associé à la force et au mysticisme, tandis que le blanc est lié à la spiritualité et à la purification.
🐑 Matière naturelle
L’une des caractéristiques les plus marquantes des textiles de San Juan Chamula est l’utilisation de laine épaisse, souvent non teinte. Cette matière confère aux vêtements un aspect brut, authentique et chaleureux.
👗 Formes et vêtements
Les femmes portent une jupe longue en laine noire, appelée nahua, maintenue par une ceinture brodée de couleurs vives, ce qui est l’un des rares éléments colorés dans leur tenue traditionnelle. Elles portent également un huipil, ce haut de forme carrée, souvent décoré de broderies simples. Enfin, leurs longues tresses sont ornées de rubans colorés et parfois de pompons, apportant une touche joyeuse à l’ensemble. es hommes, quant à eux, portent généralement une chemise et un pantacourt blancs et légers, par-dessus lesquels ils enfilent un poncho de laine noire ou blanche, appelé chuj, attaché à l’aide d’une ceinture de couleur orange ou rouge. Ils complètent leur tenue avec un chapeau en paille et des huaraches, des sandales en cuir typiques de l’époque précoloniale.
🪡 Technique ancestrale
Les textiles de San Juan Chamula sont réalisés principalement avec la laine filée à la main et tissée sur des métiers à tisser à la ceinture traditionnels. Le travail est parfois moins fin que dans d’autres villages, ce qui reflète un lien fort avec les matières premières naturelles et les croyances chamaniques.
Habit traditionnel des femmes de San Juan Chamula
Habit traditionnel des hommes de San Juan Chamula
- San Andrés Larráinzar, village tzotzil
🔲 Motifs géométriques et symboliques
Les motifs des textiles de San Andrés Larráinzar sont souvent géométriques et complexes, représentant des éléments symboliques comme des étoiles, des animaux, des plantes, et des symboles de protection. Ces motifs ont une signification spirituelle importante et racontent souvent des histoires liées à la cosmogonie maya ou à la vie quotidienne.
🎨 Couleurs éclatantes
Comme pour Zinacantán, San Andrés Larráinzar est connue pour ses textiles multicolores. Les artisans utilisent des fils teints dans des couleurs vives comme le rouge, le bleu, le vert, le violet, et le jaune. Ces couleurs sont souvent symboliques, avec le rouge représentant la vie et le sang, et le bleu évoquant le ciel et l’eau.
☁️ Matière naturelle
Le coton, matière première de ces textiles, est traditionnellement filé à la main, mais aujourd’hui souvent acheté déjà filé.
👗 Formes et vêtements
Les femmes de San Andrés Larráinzar portent des huipils et des nahuas décorés de motifs brodés ou tissés avec des fils colorés. Les huipils (blouse) sont souvent rectangulaires avec des manches larges et des motifs complexes sur la poitrine et le bas. En plus des huipils et des nahuas, les femmes de San Andrés portent souvent des rebozos (châles), utilisés à la fois comme vêtement et comme accessoire utilitaire. Les hommes peuvent porter des capes ou des ponchos, souvent moins colorés, mais toujours ornés de motifs géométriques.
🪡 Technique ancestrale
Comme à Zinacantán, les artisans de San Andrés Larráinzar utilisent le métier à tisser à la ceinture. Cette méthode permet de créer des tissus aux motifs élaborés et est particulièrement adaptée aux pièces traditionnelles de petite ou moyenne taille, comme les huipils et les rebozos.
- Magdalena Aldama, village tzotzil
🔲 Motifs géométriques et symboliques
Voir « San Andrés Larráinzar ».
🖤 Couleurs neutres
Contrairement à d’autres villages du Chiapas qui utilisent des couleurs vives, les textiles d’Aldama tendent à privilégier une palette plus sobre, avec des teintes naturelles comme le blanc, le noir, le marron, et parfois le bleu. Les teintures utilisées sont souvent naturelles, à base de plantes et d’écorces, ce qui confère aux textiles un aspect rustique et authentique.
🐑 Matière naturelle
La laine joue un rôle important dans les textiles d’Aldama, notamment pour les vêtements utilisés lors des saisons froides. Les ponchos et capes en laine sont très populaires, souvent tissés avec des motifs simples et des couleurs naturelles.
👗 Formes et vêtements
Les femmes de Magdalena Aldama portent des huipils qui sont généralement plus longs que ceux des autres communautés. Ces blouses traditionnelles sont tissées avec des motifs géométriques simples mais élégants, souvent en une seule couleur ou avec des contrastes subtils. Les jupes, ou nahuas, sont de grandes pièces de tissu enroulées autour du corps, souvent dans des tons sombres comme le noir ou le bleu foncé, comme à Zinacantán.
🪡 Technique ancestrale
Les femmes de Magdalena Aldama utilisent également le métier à tisser à la ceinture pour confectionner la base de leurs vêtements. Bien que ce ne soit pas aussi élaboré qu’à Zinacantán ou San Andrés Larráinzar, les textiles d’Aldama comportent parfois des broderies discrètes le long des bords ou des cols des huipils. Ces broderies sont souvent réalisées dans des tons doux et subtils, en harmonie avec le reste du vêtement.
- San Juan Cancuc, village tzeltal
🔲 Motifs géométriques et symboliques
Voir « San Andrés Larráinzar ».
🎨 Couleurs vives et contrastées
Les textiles de San Juan Cancuc sont connus pour leurs couleurs éclatantes. Le rouge, le rose, le bleu, et le jaune sont fréquemment utilisés dans les broderies et les motifs tissés. Ces couleurs vives symbolisent la vitalité, la nature, et les éléments cosmiques.
☁️ Matière naturelle
Les textiles sont majoritairement faits de coton, avec parfois des fils synthétiques pour accentuer les motifs et les couleurs.
👗 Formes et vêtements
Les femmes de San Juan Cancuc portent des huipils (blouses), des rebozos (châles), des ceintures et des nahuas (jupes). Les huipils, de coupe ample, possèdent en général des broderies très travaillées sur le torse et les épaules. Les châles sont souvent décorés de motifs géométriques ou floraux, et sont utilisés non seulement pour se couvrir, mais aussi pour transporter des objets ou des enfants. Les ceintures, quant à elles, sont souvent très colorées et complètent les nahuas (jupes enroulées) portées par les femmes. Les hommes portent des vêtements plus simples, mais souvent ornés de motifs géométriques discrets sur les bordures.
🪡 Technique ancestrale
Comme dans beaucoup de villages tzotziles et tzeltals de la région, les artisanes de San Juan Cancuc utilisent le métier à tisser à la ceinture.
Au-delà des textiles…
Si vous vous rendez un dimanche à San Juan Chamula, vous aurez l’occasion d’assister à des cérémonies impressionnantes au sein de l’église. Les habitants y construisent des autels directement sur le sol avec des aiguilles de pin, qu’ils considèrent sacrées, allument des centaines de bougies, sacrifient des poulets à mains nues, et boivent des litres de Coca-Cola pour éructer et ainsi évacuer les mauvaises vibrations. Là-bas, les photos sont strictement interdites, et il est demandé aux visiteurs de respecter les traditions locales en restant discrets et respectueux. Une expérience unique et authentique vous attend !
L’église de San Juan Chamula
· Comment peut-on s’y rendre ?
Pour rejoindre le Chiapas, il est nécessaire de prendre un vol domestique depuis Mexico City, Cancún, ou toute autre grande ville desservant cette destination, pour arriver à la capitale de l’État, Tuxtla Gutiérrez. Une fois à « Tuxtla », des minibus assurent la liaison vers San Cristóbal de las Casas, où vous trouverez facilement un hébergement. Le trajet dure environ deux heures. Depuis « San Cris », vous devrez prendre un autre minibus ou taxi en direction du village que vous souhaitez visiter. Ces transports partent de différentes gares routières plutôt rudimentaires, qui ressemblent à des petits parkings ou garages, toutes situées derrière le marché de fruits et légumes, calle (rue) Honduras et alentours. N’hésitez pas à demander aux locaux pour qu’ils vous indiquent le chemin avec plus de précision.
Comptez environ 30 minutes pour rejoindre Zinacantán ou San Juan Chamula, une heure pour San Andrés Larráinzar et Magdalena Aldama, et deux heures pour San Juan Cancuc.
La « route du textile » au Chiapas
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Consultez l’article Pourquoi ce projet ? pour comprendre ce qui m’a poussé à me consacrer à la diffusion et la vente de ces produits d’artisanat textile du Chiapas.
